Les Frères Haüy
Saint Just est le berceau de deux grands hommes : un philanthrope et un savant.
René-Just Haüy naît le 28 février 1743 et est baptisé le lendemain sur les admirables fonts baptismaux romans de l’église de 1640 qui se trouvait à la place de l’Hôtel de ville. Les parents tisserands en toile de lin ne sont pas très fortunés. Il est le frère aîné de Valentin. En 1751, les parents et les enfants, âgés de 6 et 9 ans, quittent Saint-Just pour Paris.
Le prieur de l’Abbaye de Saint-Just, frappé par sa piété et sa vivacité d’esprit, lui facilite ses études au Collège de Navarre et au Collège du Cardinal Lemoine, là il enseigne le latin et est ordonné prêtre en 1770.
Pour faire plaisir à un ami qu’il admire le célèbre Lhomond, il étudie la flore de la région de Saint-Just et se constitue un herbier de 1800 plantes.
Son sens inné de l’observation l’amène à faire une découverte majeure lors d’une heureuse maladresse dans la manipulation d’une calcite qui, en tombant, révèle des morceaux ayant tous les mêmes caractéristiques. Cette similitude dans la forme de cristaux lui fait pressentir les lois fondamentales de la cristallographie géométrique basées sur l’analyse géométrique (forme des faces et mesure des angles).
Il crée la cristallographie rationnelle dans le même temps où Lavoisier révolutionne la chimie. Avec cette découverte aussi importante, l’Académie des Sciences l’accueille parmi ses membres en 1783.
Sous la Révolution, il participe à la réforme du système des poids et mesures (il y a un peu René-Just Haüy dans l’élaboration du mètre étalon). Il est professeur à l’école Normale. Bonaparte le nomme Conservateur des collections minéralogiques à l’école des Mines.
De 1802 à 1822, au Museum d’Histoire Naturelle, son enseignement attire élèves et savants du monde entier. Il travaille, étudie, classe sans relâche. Napoléon a pour lui la plus grande estime et le fait Officier de la Légion d’Honneur. Sous la Restauration, il perdit sa pension et vécut dans l pauvreté comme au temps de son enfance, se refusant à vendre sa collection personnelle (12 000 minéraux) évaluée à l’équivalent d’un milliard de centimes.
Admiré par les souverains de l’Europe entière, membre de toutes les sociétés savantes de son temps, il écrit près de 150 communications, mémoires et traités dont :
1) Traité de minéralogie (1801 et 1822)
2) Traité élémentaire de physique (1803), plusieurs éditions
3) Traite de cristallographie (1822), année de sa mort
Maladif toute sa vie, il mourut au Jardin des Plantes, le 1er juin 1822, et fut inhumé au Cimetière du Père Lachaise. Aux obsèques, le grand savant Cuvier n’hésite pas à comparer René-Just Haüy à Newton.
René-Just Haüy est inscrit sur les registres de l’UNESCO parmi les mille bienfaiteurs de l’humanité.
Gustave Eiffel l’a inscrit au premier étage de sa Tour parmi 72 autres savants, avec Delambre, un autre picard.

Valentin Haüy, son frère, naît le 13 novembre 1745 dans la maison familiale face à l’Hôtel-Dieu. Baptisé le même jour, il eut pour marraine une abbesse de cet Hôtel-Dieu. Lui aussi reçut les premières leçons des religieux Prémontrés de l’abbaye Notre-Dame à Saint-Just.
Parti à Paris à l’âge de 6 ans, il fit des études classiques à la Sorbonne où il se montra particulièrement doué pour les langues, il en pratiquait une douzaine dont le latin, l’hébreu et le grec. Son frère René-Just l’aida efficacement dans ses travaux. Valentin commença une carrière de traducteur et d’interprète pour toutes sortes de personnalités.
En 1785, il fut élu agrégé au Bureau académique d’écriture fondé par Louis XVI.
Il devient également un spécialiste du déchiffrement des manuscrits anciens.
Dès 1771, il songea à s’occuper des aveugles en voyant ces malheureux mendier à la Foire de Saint Ovide.
En 1783, son attention fut attirée par le talent et les procédés ingénieux d’une pianiste de Vienne, Mlle Paradis, aveugle très tôt, elle lisait ses notes de musique à partir d’épingles piquées sur de larges pelotes. Là encore, le sens de l’observation commune aux deux frères, permet à Valentin d’associer le toucher à la lecture des notes de musique.
C’est en 1784 qu’à l’aide de caractères en relief et mobiles, il va se charger de l’éducation d’un aveugle, le jeune François Lesueur, âgé de 16 ans.
En 1785, il ouvrit à ses frais, rue Coquillière une école gratuite pour de jeunes aveugles. Il publia l’année suivante un Essai sur l’éducation des aveugles. En 1786, il fit imprimer par ses élèves « Essai sur l’éducation des aveugles ». L’enthousiasme avec lequel, 40 ans plus tard, les jeunes aveugles accueillirent l’alphabet Braille témoigne de l’imperfection de la solution proposée par Valentin Haüy au problème de la lecture digitale. Mais cela ne diminue en rien les mérites du précurseur.
En 1806, Valentin partit à Saint Pétersbourg fonder un établissement semblable qui périclita. Il resta jusqu’en 1817 en Russie et revint chez son frère, il s’occupa de l’éducation des aveugles et des sourds et muets.
A son retour, il demanda à Louis XVIII de lui redonner son titre de directeur de l’Institut des Jeunes Aveugles qu’il avait fondé, mais en vain. Il n’eut le droit de revoir son école qu’en 1821. Il fut reçu le 21 août 1821, au cours d’une émouvante séance solennelle.
Valentin est décédé chez son frère le 18 mars 1822 et inhumé au Cimetière du Père Lachaise avec son frère René-Just.
Statue érigée sur la place de l’Hôtel de Ville et inaugurée le 8 novembre 1903. René-Just est représenté debout, examinant un échantillon tandis que Valentin, premier instituteur des aveugles, est avec son premier élève, le jeune François Lesueur. Le maître saisit le doigt de son élève pour le déposer sur un caractère gaufré ou en relief que le jeune aveugle peut reconnaître, le sens tactile vient en aide à l’élève. C’est l’idée maîtresse de la méthode.
Jacques CARPENTIER
Président de la Société Historique de Saint Just en Chaussée
Discours de Monsieur le Président de la Société Historique de Saint Just en Chaussée : M. Jacques CARPENTIER